Pour un commerçant marseillais, la trésorerie se joue souvent sur le poste « loyer ». Jusqu'ici, le paiement trimestriel d'avance et l'accumulation de garanties pesaient lourd à l'ouverture d'un local. La loi du 26 mai 2026 modifie ces équilibres au sein du statut des baux commerciaux (articles L. 145-1 et suivants du Code de commerce). Cet article expose les trois apports majeurs de la réforme, leur champ d'application exact, leur calendrier d'entrée en vigueur et les points de vigilance, pour les locaux situés à Marseille et dans les Bouches-du-Rhône.
EN BREF
La loi n° 2026-403 du 26 mai 2026 de simplification de la vie économique rééquilibre le bail commercial en faveur du preneur. Trois mesures dominent : le droit au paiement mensuel du loyer, le plafonnement de l'ensemble des garanties à un trimestre de loyer et l'encadrement de la restitution du dépôt. Leur entrée en vigueur est échelonnée. Décryptage à l'usage des commerçants et bailleurs de Marseille.
Quelle est la réforme des baux commerciaux issue de la loi du 26 mai 2026 ?
La réforme des baux commerciaux 2026 procède de la loi n° 2026-403 du 26 mai 2026 de simplification de la vie économique, promulguée le 26 mai 2026 et publiée au Journal officiel le 27 mai 2026. Son article 62 crée deux articles nouveaux dans le Code de commerce (L. 145-32-1 et L. 145-38-1) et modifie deux articles existants (L. 145-15 et L. 145-40).
Trois mesures concernent directement la trésorerie et les sûretés du preneur :
S'y ajoute la validation de la clause d'indexation dite « tunnel ». L'orientation d'ensemble est protectrice du preneur : elle réduit les sûretés traditionnellement constituées au profit du bailleur. Le Conseil constitutionnel, saisi de la loi, n'a pas censuré ces dispositions.
Définition. Le nouvel article L. 145-32-1 du Code de commerce institue un droit, pour le preneur, d'obtenir la mensualisation du loyer. Le texte énonce que « le paiement mensuel du loyer est de droit » lorsque le preneur en fait la demande. Le bailleur ne peut s'y opposer, et une clause contraire est privée d'effet (voir plus bas, la sanction du réputé non écrit).
Champ d'application — précision essentielle. Ce droit est réservé au preneur d'un local destiné à une activité de commerce de détail ou de gros, ou de prestations de services à caractère commercial ou artisanal. Tous les baux soumis au statut ne sont donc pas concernés : un local affecté à une profession libérale, par exemple, n'entre pas dans ce périmètre.
Condition. La demande n'est recevable qu'en l'absence d'arriérés de loyer et de charges qui n'auraient pas fait l'objet d'une contestation préalable. Un impayé non contesté fait obstacle à la mensualisation.
Prise d'effet. La mensualisation s'applique à compter de l'échéance de paiement suivant la demande, sans préavis ni renégociation du bail.
Entrée en vigueur. Cette mesure s'applique aux baux en cours d'exécution à la date de promulgation de la loi (26 mai 2026). C'est la disposition la plus immédiatement opérationnelle pour les commerçants déjà installés.
Définition. L'article L. 145-40 du Code de commerce, modifié par la réforme, plafonne désormais les sommes versées à titre de garantie : elles « ne peuvent excéder le montant des loyers dus au titre d'un trimestre ». Surtout, le texte précise qu'il en va de même pour « la valeur des biens, des titres, des engagements et des garanties de toute nature » demandés pour assurer la bonne exécution du bail.
Portée — au-delà du seul dépôt de garantie. Le plafond ne se limite pas au dépôt de garantie. Il englobe l'ensemble des sûretés : cautionnements, garanties bancaires, garanties autonomes et autres engagements. L'objectif du législateur est d'empêcher le cumul de plusieurs sûretés substantielles au profit du bailleur. Ces sommes ne portent pas intérêt au profit du preneur.
Champ d'application. Le plafonnement vise les mêmes locaux que la mensualisation, c'est-à-dire ceux mentionnés à l'article L. 145-32-1 (commerce de détail, de gros, prestations de services à caractère commercial ou artisanal).
Entrée en vigueur. Le plafonnement ne s'applique qu'aux baux conclus ou renouvelés à compter de la promulgation (26 mai 2026). Les garanties stipulées dans les baux actuellement en cours demeurent valables jusqu'à leur renouvellement. C'est un point déterminant pour les bailleurs comme pour les preneurs : il convient d'anticiper l'effet du plafond au moment du renouvellement.
La réforme encadre également la sortie du bail et la circulation du local.
Entrée en vigueur différenciée. Ces règles s'appliquent aux baux en cours lorsque la remise des clés intervient à compter de l'expiration d'un délai de trois mois après la promulgation, soit le 26 août 2026. De même, le transfert au nouveau bailleur joue pour les mutations intervenant à compter de cette date.
Calendrier d'entrée en vigueur de la réforme
| Mesure | Article | Baux concernés | Date d'effet |
|---|---|---|---|
| Paiement mensuel du loyer | L. 145-32-1 | Baux en cours et nouveaux | Promulgation (26 mai 2026) |
| Plafonnement des garanties à un trimestre | L. 145-40, al. 2 | Baux conclus ou renouvelés | À compter du 26 mai 2026 |
| Transfert de l'obligation de restitution au nouveau bailleur | L. 145-40, al. 3 | Mutations | À compter du 26 août 2026 |
| Délai de restitution (3 mois) et mainlevée des garanties (6 mois) | L. 145-40, dernier al. | Baux en cours, à la remise des clés | Remise des clés à compter du 26 août 2026 |
La réforme valide expressément une pratique jusque-là incertaine. Le nouvel article L. 145-38-1 du Code de commerce autorise, par dérogation à l'article L. 112-1 du Code monétaire et financier, la clause qui encadre dans les mêmes proportions, à la hausse comme à la baisse, la variation annuelle de l'indice des loyers commerciaux (ILC) prise en compte pour la révision du loyer. Cette clause « tunnel » sécurise la prévisibilité du loyer en période d'inflation. Son intérêt suppose une rédaction rigoureusement symétrique : un plafonnement à la hausse non assorti d'un mécanisme équivalent à la baisse demeure exposé à la nullité.
La sanction. L'article L. 145-15 du Code de commerce, modifié par la réforme, range désormais l'article L. 145-32-1 (mensualisation) parmi les dispositions d'ordre public dont la violation entraîne le caractère réputé non écrit de la clause contraire. Les articles L. 145-37 à L. 145-41 — dont l'article L. 145-40 relatif au plafonnement — figurent également dans cette liste.
La portée procédurale. La sanction du réputé non écrit se distingue de la nullité. Selon la jurisprudence constante de la Cour de cassation, l'action tendant à voir réputer non écrite une clause du bail n'est soumise à aucune prescription (Cass. 3e civ., 19 novembre 2020, n° 19-20.405, publié au Bulletin ; solution confirmée par Cass. 3e civ., 16 novembre 2023, n° 22-14.091). Un preneur peut donc invoquer, sans condition de délai, l'inopposabilité d'une clause contraire au plafond ou au droit de mensualisation.
En pratique, à Marseille. Le contentieux du bail commercial relève, en principe, du Tribunal judiciaire de Marseille (et du juge des loyers commerciaux pour la fixation du loyer), l'appel étant porté devant la Cour d'appel d'Aix-en-Provence. Par exception, lorsqu'un litige relatif au bail naît d'une procédure collective et présente avec elle un lien de connexité suffisant, il relève du Tribunal des activités économiques de Marseille (juridiction expérimentale jusqu'au 31 décembre 2028). Pour un bailleur marseillais qui renouvelle un bail portant sur un local de centre-ville et qui souhaite conserver une caution solidaire, l'enjeu est concret : la valeur cumulée des sûretés ne pourra plus dépasser un trimestre de loyer.
Erreurs fréquentes à éviter. Stipuler, dans un bail renouvelé après le 26 mai 2026, un dépôt de plus d'un trimestre cumulé à une garantie bancaire ; refuser une demande de mensualisation pourtant régulière ; négliger le délai de six mois de mainlevée des garanties après le départ du preneur.
La réforme des baux commerciaux 2026 impose une relecture des contrats, tant pour les preneurs que pour les bailleurs marseillais : audit des garanties à l'approche d'un renouvellement, mise en conformité des clauses, anticipation des délais de restitution. Pour sécuriser un bail, négocier un renouvellement ou faire valoir le droit à la mensualisation, le Cabinet de Maître Julien Ayoun, avocat en droit immobilier et droit des affaires à Marseille, accompagne commerçants et bailleurs.
Cabinet de Maître Julien Ayoun — 19 boulevard Arthur Michaud, 13015
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Non. Depuis la loi du 26 mai 2026, le paiement mensuel est de droit pour le preneur d'un local de commerce de détail, de gros ou de prestations de services à caractère commercial ou artisanal, à condition d'être à jour des loyers et charges non contestés. Une clause contraire est réputée non écrite (articles L. 145-32-1 et L. 145-15 du Code de commerce).
Pour les baux conclus ou renouvelés depuis le 26 mai 2026, l'ensemble des garanties exigées par le bailleur — dépôt de garantie, caution, garantie bancaire, garantie autonome — ne peut excéder un trimestre de loyer (article L. 145-40 du Code de commerce). L'objectif est d'éviter le cumul de sûretés au profit du bailleur.
Le dépôt est restitué dans un délai ne pouvant excéder trois mois à compter de la remise des clés, déduction faite des sommes restant dues et dûment justifiées. Les autres garanties font l'objet d'une mainlevée dans un délai de six mois. Ces règles s'appliquent aux remises de clés intervenant à compter du 26 août 2026.
Non. Le plafonnement ne concerne que les baux conclus ou renouvelés à compter du 26 mai 2026. Les garanties prévues dans un bail en cours restent valables jusqu'à son renouvellement. Le droit au paiement mensuel, en revanche, s'applique immédiatement aux baux en cours.
En principe, le Tribunal judiciaire de Marseille, l'appel relevant de la Cour d'appel d'Aix-en-Provence. Lorsqu'un litige relatif au bail naît d'une procédure collective et présente avec elle un lien de connexité suffisant, il relève du Tribunal des activités économiques de Marseille.
Article rédigé par Maître Julien Ayoun, avocat au Barreau de Marseille, intervenant en droit immobilier et en droit des affaires. En savoir plus sur le cabinet.
Mis à jour le 4 juin 2026
Sources officielles :